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De la bise à la tourmente... (extrait du Chapitre 5 : Du tireur d’élite et de quelques réflexions en zigzag)Chasser à bon (de face), à mauvais (dans le dos) vent ou encore de travers, est certainement plus que n’importe quel autre sujet, celui qui n'a cessé de déchirer les bécassiniers. Pourtant, il suffit de bien décortiquer les divers cas, pour mettre tout le monde d’accord, car il n’y a pas, là non plus, de règle absolue. Voyons d’abord les arguments, parfaitement justifiés qui s’affrontent. Pour les tenants du classique (face au vent) : le chasseur est moins facilement entendu par l’oiseau, lequel est peu sur ses gardes, et le chien travaille mieux. Pour ceux qui préfèrent avoir le vent dans le dos : puisque les bécassines décollent forcément face au vent parce qu’elles y sont obligées par leur forme et le type inné de leur vol, elles hésitent à voler en direction du danger qu’elles pressentent, elles tiennent donc mieux, de plus les premiers mètres les rapprochent du tireur. Enfin il existe une école qui préconise le vent de travers, afin que l’oiseau décollant perpendiculairement au tireur ne semble pas zigzaguer (les crochets se font dans le plan latéral) et offre un tir plus facile. Disons d’abord que le territoire mettra souvent tout le monde d’accord, en imposant un sens de la marche qui ne se souciera pas du vent, non plus que du soleil dont nous parlerons ensuite. Imaginons, par exemple, le bord d'une rivière qui n’a qu’un point d’accès, il faudra chasser en suivant la direction indiquée et revenir en marchant sur ses traces. Il y a aussi des tourbières, j’en connais, qui sont orientées nord-sud alors que le vent dominant est d’ouest ; il n’y a pas d’autre solution que de chasser avec le vent de travers, à l’aller comme au retour ! Mais admettons que nous ayons le choix. Avec un chien de grande quête, la question ne se pose pas : il part au vent ou sinon il reprend le vent. Quand il arrête, son conducteur arrive au plus vite. Celui-ci aura certainement intérêt à coincer l’oiseau entre le chien et lui, c’est à dire à l’attaquer à vent dans le dos. Mais enfin, il fera comme il peut, bien entendu. Avec un retriever ou un chien de courte quête, le problème est un peu plus complexe, puisqu’il faut que le chien puisse profiter d’un minimum de vent, mais en même temps il est préférable qu’il ne prenne pas trop de champ. La chasse sous le vent, dans un marais exigu et aménagé, permettra de contrôler le chien et de le forcer à n’arrêter ou à ne lever qu’à bonne distance de son maître. En revanche, s’il s’agit de grandes étendues, il faudra le laisser s’exprimer avec le vent dans la truffe, afin que le maître ne batte pas en vain des hectares vides. Pour finir, le chasseur seul ou accompagné d’un retriever qui restera sur ses talons, pourra peut-être préférer avoir le vent dans le dos, encore ceci dépendra-t-il des oiseaux qu’il tente d’approcher. Si ce sont des juvéniles engourdies au soleil, il peut, à condition d’être relativement discret, les attaquer comme il le veut. Mais des hivernantes très aguerries, des oiselles souvent dérangées ou qui viennent d’arriver sur la place et qui n’y sont pas fixées, peuvent au contraire, par crainte de s'envoler vers un danger qui est encore éventuel mais qu’elles ont identifié depuis longtemps, hésiter à décoller et de ce fait offrir au tireur une petite distance supplémentaire dont il a bien besoin. Selon que le vent sera faible, moyen, grand ou de tempête, les bécassines ne réagiront pas de la même façon à l’approche d’un intrus. Il m’a toujours semblé que plus le vent était fort et plus elles partaient loin, ce qui serait logique, puisque décollant face à lui, il leur faut dégager plus d’énergie et donc prendre plus de distance pour s’éloigner d’une présence inquiétante. Sans vent, la question devient inutile et dans ce cas, eh bien, ne vous en souciez pas ! J’ajouterai que, partout ou j’ai chassé à l’étranger d’une façon organisée, les responsables nous ont toujours, sans nulle exception, fait marcher sous le vent et, en battue, nous ont placés de la même façon. Dans l’île écossaise de Tirée, l’intendant et les gardes du Duc d’Argyll, n’imaginaient pas, par tempête ou temps calme, que nous foulions une pièce autrement qu’avec le vent dans le dos ; et je dois dire que je n’ai pas vu une seule de ces centaines de bécassines hivernantes voler autrement qu’à contre-vent même si elles devaient faire du sur-place. De même au Maroc, nous étions toujours, dans la mesure du possible, postés face aux bécassines qui remontaient bec au vent...
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